Avec tous mes regrets …

                                                                                  A Nancy, le 9 mai 2024
Monsieur Tousconcernés
2 rue des regrets
54000 NANCY                                                           A

                                                                                  Syndicat CFDT

Objet : lettre ouverte d’un agent public

Mesdames et Messieurs les représentants du personnel,

Je viens de prendre connaissance de la liste des agents nouvellement promus et force est de constater que je ne fais pas partie des heureux élus. C’est là mon premier regret, celui de ne pas avoir mesuré le danger de la réforme de la fonction publique votée en 2019. Peut-être aurais-je eu plus de chance si vous aviez pu défendre ma situation. Dorénavant, l’employeur fait ce qu’il veut, ces questions ne concernent plus la CAP. C’est un jeune collègue, non chargé de famille et bien plus disponible que moi pour participer aux réunions en soirée qui profitera de cet avancement de grade. Pris par mes responsabilités familiales, mes compétences ne suffisent plus pour progresser.

Le contrat de 15 h 00 de ma collègue qui touche une rémunération proche du RSA ne sera pas renouvelé. Ma collectivité affirme en effet que l’équilibre budgétaire serait menacé. Il faut dire que le nouveau chef de notre exécutif, issu d’un vote populiste d’un électorat excédé, a recruté un responsable des services (DGS), ancien DRH d’une grande société, dont les prétentions salariales sont autrement plus élevées que l’administrateur formé par l’INET l’ayant précédé durant de longues années. D’un autre côté, c’est normal, les deux hommes se connaissaient de longue date.

Vous me direz que je n’ai pas à me plaindre puisque, originaire de la Fonction publique d’Etat, j’ai intégré notre collectivité pour échapper à une mutation d’office à l’autre bout de la France. Je n’avais pas d’autre choix en raison de la situation professionnelle de mon épouse et des études supérieures que poursuivent mes enfants dont le lieu est imposé par l’algorithme de Parcoursup.

J’ai tenté d’aborder ces questions avec mon N+1 à l’occasion d’un entretien. Si ce dernier a su m’écouter avec attention, il m’a fait comprendre qu’il devait tenir les objectifs qui lui sont fixés car sa prime au mérite en dépend. Il m’a d’ailleurs proposé, après m’avoir fait comprendre qu’il pouvait dorénavant recruter qui il voulait sous contrat, d’envisager un départ à l’amiable via une rupture conventionnelle si la charge de travail était trop lourde pour moi,

Déstabilisé par ses propos, j’ai voulu alerter le CHSCT. Là encore, pas de chance pour moi, il n’existe plus suite à sa fusion avec le Comité Technique. De toute façon, depuis cette fusion, les membres n’ont plus la main sur les ordres du jour qui sont d’autre part « blindés », comme ils disent.

En à peine deux ans notre service a été réorganisé trois fois. L’employeur public en a tout à fait le droit, la loi l’y autorise sans concertation préalable. Je suis en perte de sens en raison des moyens qui ne sont plus en adéquation avec les exigences du public.

Je me retrouve dans cette situation paradoxale ou les délais contraints qu’impose la loi ne sont plus respectés. Les usagers de nos services en sont les premières victimes. Ce qui touchait les EHPAD, nous arrive maintenant. Je comprends mieux les cheminots aujourd’hui. A notre tour de vivre notre « réforme ferroviaire » : nos gares sont vidées de leurs agents mais les trains continuent à rouler. Comment ne pas s’étonner des retards qui s’accumulent ?

Mais il était devenu nécessaire de supprimer les doublons … Personne n’avait conscience du travail fait par ceux-ci. Aujourd’hui disparus, c’est nous qui en assumons dorénavant la mission avec les mêmes moyens.

Nos usagers, persuadés que nous sommes des privilégiés attachés à notre seul statut, n’ont pas vu ce qui leur arrive aujourd’hui. Ils regrettent maintenant et n’ont d’autre choix que de faire preuve de résilience.

Ils n’avaient pas compris qu’externaliser certaines missions ne baisserait pas leurs impôts. Ils ont  juste vu la baisse du nombre de fonctionnaires. Il y en a moins, c’est vrai, mais notre employeur fait un chèque chaque mois pour payer ces structures privées qui font le même travail et au sein desquelles certains de mes collègues ont été détachés d’office. Où sont les économies promises ?

Comme promis, les écoles n’ont pas fermé, ni les hôpitaux d’ailleurs. Mais en réduisant le nombre de place d’accueil, je me dis que nous avons tous manqué de lucidité.

Alors oui, ce 9 mai 2019, journée de l’Europe, j’aurais mieux fait de vous rejoindre, vous et les autres syndicats.

Merci pour votre action,
Un sympathisant.

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