Evolution du pouvoir d’achat…

Inflation record, baisse du pouvoir d'achat... Ces sombres prévisions pour  les ménages
C’est une question cruciale qui est de plus en plus posée cette année, tant en raison de l’inflation que de la campagne présidentielle que nous venons de vivre et qui revient immédiatement dans la campagne législative qui démarre. Comment évolue le pouvoir d’achat, sur le long terme et ces dernières années, quel écart entre les chiffres et le ressenti, quelles inégalités internes et l’inflation vient-elle modifier la donne ? Voilà un groupe saillant de questions, pour lesquelles il faut chercher quelques éléments de réponse.

Un pouvoir d’achat en hausse ces 25 dernières années et dans les 5 dernières

Pour l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), sur le long terme comme dans les 5 dernières années, le pouvoir d’achat a augmenté de 0,9 % en moyenne par an. En fait, ces 25 ans se décomposent en périodes très différentes en raison de la crise financière et économique à partir de 2007. L’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat ne redémarrent vraiment qu’en 2015. Les derniers 5 ans retrouvent l’évolution de 0,9 % par an, soit un gain réel moyen autour de 300 € chaque année.

Plusieurs éléments expliquent cette hausse. D’abord les plus d’1 million de créations d’emplois entre la fin 2017 et la fin 2021, ce qui a augmenté les revenus du travail d’environ 150 € par an. Les mesures fiscales et sociales ont diminué les impôts (y compris la fin de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages) et augmenté certaines allocations (RSA, prime d’activité, chèque énergie, prime inflation), apportant 0,4 point d’augmentation dans le total de 0,9. Un ressenti moins favorable

L’Insee et le Cepremap (Centre de recherche économique sous tutelle du ministère de la Recherche) ont l’un et l’autre enquêté sur la satisfaction et l’insatisfaction de la population. L’Insee conclut en particulier que la satisfaction globale dans la vie était à son niveau le plus bas début 2021 : 6,8/10 (2019 : 7,3/10). Il faut dire que l’enquête annuelle se déroule en début d’année et donc en plein 3ème confinement en 2021 ! On remarque aussi que le niveau de satisfaction est meilleur chez les jeunes, contrairement à l’analyse beaucoup répandue de l’oubli de leurs situations pendant la crise du covid, et que ce niveau diminue avec l’âge, comme le montre le tableau ci-dessous.

Le Cepremap remarque d’ailleurs une fragmentation des évaluations sur l’insatisfaction et la satisfaction à ses 19 critères : une grande insatisfaction dans un domaine ne se propage que peu aux autres questions alors qu’au contraire une grande satisfaction s’étend plus souvent à d’autres domaines.

La période marque une baisse du taux de privation. En effet la même enquête cherche à déterminer le taux de privations matérielles et sociales de la population. Toujours en comparant l’année d’avant-covid et début 2021, on constate un taux plus faible début 2021 : 10,9 % contre 13,1 % en 2019 et un taux toujours à 12-13 % de 2013 à 2020.

Et l’information est complétée par le fait qu’il y a eu en 2021 2 fois moins d’entrées en privations que les années précédentes, et plus de sorties (45 % entre 2021 et 2019, contre 32 % entre 2019 et 2017). Une explication essentielle est liée au 3ème confinement car il y avait impossibilité de participer à des activités sociales payantes notamment.

Au vu de ces données, comment expliquer le fort ressenti par la population française d’une montée de la pauvreté et des inégalités ?

Des inégalités globalement stables, mais certaines situations individuelles fortement dégradées

En bas de l’échelle des richesses, la pauvreté monétaire touche 14,6 % des Français selon l’Insee, soit moins de 1 102 € par mois, stable en 2021 par rapport à l’avant crise et plus bas que la plupart des autres pays de l’UE à part la Finlande (11,6 %) : Allemagne (14,8 %), Italie (20,1 %), Espagne (20,7 %), la moyenne de l’UE (à 17,1 % pour Eurostat), même si avoir 9,2 millions de personnes pauvres en France n’est en rien acceptable.

Mais ce taux global, ainsi que d’autres indices qui vont dans le même sens, ne donnent qu’une indication globale et rien sur les extrêmes de la répartition des revenus. Or ce sont ces extrêmes qui se sont accentués car, si entre 2017 et 2021 les classes moyennes ont bénéficié des facteurs de hausse du pouvoir d’achat, le niveau de vie des 10 % les plus aisés a progressé de 3,2 % en 5 ans, et les 10 % les plus modestes de 5,7 %. Mais ces +3,2 % des plus aisés représentent 2 600 € par unité de consommation alors que les +5,7 % des plus modestes n’équivalent qu’à 600 €. De plus, si un certain nombre de personnes du vingtième le plus aisé n’ont pas gagné, notamment les retraités (-3,6 %, par la sous-revalorisation des retraites et la hausse de la CSG), parmi les populations aux niveaux de vie les plus modestes, certains ont perdu, impactés par la sous-indexation des APL et par la hausse des cigarettes et tabac et ont pu baisser encore de niveau de vie (-3,6 % pour 56 % de la population dans le vingtième le plus pauvre soit -280 €), alors que d’autres ont gagné (44 % de ce vingtième : +5,1 %). La hausse du pouvoir d’achat globale a donc comporté des inégalités selon les revenus et même intra groupes de niveau de vie (déciles ou vingtièmes).

En conclusion, il y a bien eu hausse du pouvoir d’achat sur 25 ans, irrégulière à cause de la crise financière et avec une bonne reprise dans les 5 dernières années. L’action publique a joué, par l’évolution de la politique fiscale et, pendant la pandémie, par le financement public (État et Unédic) de l’activité partielle qui a permis le maintien des revenus. Dans le même temps, les inégalités ont perduré au même niveau global mais se sont accrues à l’intérieur des groupes sociaux, car certaines situations se sont fortement dégradées, engendrant le ressenti d’une montée des inégalités.

De plus, depuis 2021, l’inflation se développe et risque de remettre en cause la hausse globale du pouvoir d’achat, engendrée tant par la désorganisation du commerce international consécutive à la pandémie que par la montée des périls géopolitiques avec en premier la guerre en Ukraine.

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