La Cité Judiciaire de Nancy, ce long ! très long naufrage !

Les qualificatifs se suivent et se ressemblent, fonctionnement en mode dégradé, une longue agonie, une très grande souffrance, des conditions de travail indignes … Les années se suivent et se ressemblent.

Mais comment et pourquoi en est on arrivé là ?

La cité judiciaire a ouvert officiellement en 1982. Il y a eu depuis, plusieurs chantiers de réhabilitation en 30 ans (vitrage, chauffage, étanchéité). Il manquait alors (déjà!) 30 % des effectifs.

Le bâtiment a eu son agrément d’ouverture au public par la commission de sécurité il y a 5 ou 6 ans . C’est dire que tout n’allait pas pour le mieux et que le bâtiment nécessite un entretien suivi.

Il y a 10 ans sous le règne d’un certain NS, les budgets ont été amputés en quelques années de 40 %. Le bâtiment a alors commencé à se déliter, un peu comme la vieille maison de famille qui se déglingue. Dans le même temps il a été décidé de ne plus recruter qu’un fonctionnaire sur 2, alors que 60 % des effectifs de greffe devaient partir à la retraite dans le même laps de temps. Déjà aux yeux de beaucoup, le fonctionnaire n’assurait plus un service mais était considéré comme une charge pour la nation. Pourtant le discours officiel parlait alors (déjà!) de sanctuarisation des budgets pour la Justice.

Il y a 2 ans les deux facteurs dégradation du bâtiment et baisse des effectifs se sont télescopés pour en arriver à une situation calamiteuse en terme de conditions de travail, à cela s’est ajoutée l’indigence du budget de fonctionnement courant (papier, papèterie, informatique). Même Bercy a finalement du reconnaître en 2016 que le budget du Ministère de la Justice est sous dimensionné. Rajouter à cela une gouvernance des chefs de juridiction un peu «indolente» et tous les ingrédients étaient réunis pour que cela dysfonctionne (dérape ?) grave, très grave … Tout le monde a été surpris par la violence du phénomène.

A la CFDT cela faisait des années que nous tirions la sonnette d’alarme, que nous nous impliquions dans toutes les instances et auprès des médias pour décrire la situation, dégradation matérielle, postes vacants, effectifs insuffisants et leur nécessaire conséquence, la souffrance au travail. Sans que cela ne bouge à Paris et surtout localement où il était de bon ton de se gargariser à chaque audience de rentrée solennelle que «les objectifs avaient été dépassés, malgré encore moins de moyens». Alors que la justice du 21ème  siècle était sur toutes les lèvres, le fait syndical rimait pour beaucoup de nos décideurs avec la lutte des classes et le couteau entre les dents. Si notre syndicalisme CFDT est réformiste, beaucoup de nos interlocuteurs sont restés archaïques, dangereusement archaïques dans leur vision du monde des greffes, tandis que certaines organisations syndicales faisaient (encore!) passer leurs intérêts corporatistes avant le bien de tous.

Il y a 1 an tout s’est vraiment accéléré, des travaux de grandes envergure certes attendus et souhaités depuis longtemps, mais commencés dans la précipitation et sans étude sur l’environnement professionnel, le CHSCTD n’a même pas été informé, ont déclenché ce que nous redoutions depuis longtemps. Des millions pour les travaux, pas un centime, pas d’aide logistique pour les collègues.

Sans chauffage, sans bureau pour certains, sans téléphone, sans matériel, sans soutien, sans perspectives positives, les collègues ont commencé à craquer. Le local syndical est devenu l’endroit où selon les caractères, on s’indignait ou on pleurait. Nous avons continué inlassablement à frapper à toutes les portes, qu’elles soient institutionnelles, politiques ou médiatiques.

Nous avons également frappé à celle de certains collègues qui ne répondaient plus à l’administration , avec la boule au ventre de ce que nous allions découvrir derrière. Notre téléphone a également sonné certaines fois la nuit. Puis les arrêts maladies de longue durée se sont enchainés et ont produit un effet domino dévastateur.

D’étapes en réunions, d’articles de presse en interviews la chancellerie a commencé à réagir. Les risques psycho sociaux étaient devenus une menace tangible pour la hiérarchie locale, pour nous militants syndicaux CFDT pourtant aguerris, une hantise permanente.

Paradoxalement, nous n’avons jamais été aussi actifs auprès des chefs de cour que nous pouvons joindre à tout moment, présents auprès des chefs de juridiction et directeur de greffe et pourtant jamais nous n’avons aussi peu été audible en terme d’actions syndicales purement revendicatives. Le but de notre action n’était pas de blâmer ou d’accabler nos responsables locaux mais de les soutenir pour obtenir les moyens humains et matériels pour rétablir la situation au risque de ne pas être compris voire condamnés par nos collègues. Nous avons clairement expliqué notre positionnement à nos interlocuteurs institutionnels, avec en contrepartie pour eux, une obligation de résultats avant la fin de l’année.

Il semble que cela commence à porter des fruits, même si nous devons rester très prudents.

A ce jour une enveloppe de 60 000 € vient d’être débloquée pour améliorer les conditions de travail, sièges, ventilateurs, chauffage d’appoint, climatiseurs, stores, lunettes de toilette (on ne sourit pas). Tous les postes vacants devraient être pourvus en septembre. A cela se rajoute une deuxième enveloppe de 40 000 € pour d’autres travaux. A ce jour, rappelons que les différents devis devant permettre l’amélioration des conditions de travail se montent à 390 000 €. Certains bureaux ont encore les papiers peints et la moquette de 1982, il en va de même pour les ¾ des sanitaires qui sont d’origine, l’électricité devrait être mise aux normes depuis …15 ans. A l’évidence le chantier est d’envergure.

La CFDT a également demandé une inspection de fonctionnement ainsi que la signature d’un contrat d’objectif pour apurer les stocks. En effet, derrière la souffrance des collègues, c’est tout le service public de la justice du ressort qui dysfonctionne, 2000 jugements pénaux non exécutés, des délais d’audiencement qui sont passés au JAF de 3 à 9 mois, des audiences renvoyées faute de magistrats … la liste est longue.

A cela se rajoute une grande inquiétude quant à la pérennité du bâtiment qui vieillit très mal. Nous ne sommes pas à l’abri d’un risque majeur qui nous amènerait à prendre la responsabilité d’une procédure de retrait tant certaines découvertes nous paraissent inquiétantes. Que dire alors de l’argent injecté dans un bâtiment qui serait amené à fermer?

La visite de la directrice des services judiciaires, le 15 juin, ne nous a satisfait ni sur le fond «je n’ai pas de baguette magique», ni sur la forme puisqu’elle n’a même pas visité les locaux, ce qui est un comble !

Elle nous a rappelé qu’à la chancellerie on ne travaillait qu’avec des chiffres, la CFDT est omniprésente pour rappeler que derrière ces chiffres il y a des collègues qui travaillent actuellement dans la souffrance ce qui est inacceptable pour nous !!!!

La fin d’année se rapproche, on pourra alors faire le bilan ; pour nous militants de la CFDT Interco Justice Lorraine il n’y aura pas de trêve des confiseurs. D’ores et déjà en septembre la rentrée sera chaude, dans le respect certes de nos engagement et de nos valeurs, mais avec la volonté de continuer à faire bouger les choses.

Maurice SCHREYER
CFDT INTERCO Justice Lorraine

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